by Manon MEUNIER

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L’année 2025 commence sous les pires auspices pour France VAE. Faute d’une autorité juridique clairement établie — un rôle que le GIP VAE aurait dû endosser — le dispositif vogue à vue, pris en étau entre ambitions mal calibrées et héritage d’une réforme imposée à marche forcée. Si certaines tentatives de redressement méritent d’être saluées, elles peinent à compenser un pilotage erratique, un cruel manque d’innovation et l’indifférence d’un gouvernement aux abonnés absents.
Résultat : un système en panne, et des acteurs du terrain laissés sans cap.

250 nouvelles certifications disponibles, mais un dispositif au ralenti

La liste des certifications accessibles via France VAE s’étoffe, mais le compte est encore loin d’y être. Après l’ajout de 35 diplômes du ministère de l’Emploi le 18 février, de 54 autres le 21 février et enfin de 160 le 1er mars, le nombre total de certifications éligibles atteint désormais 282.

Malgré cette progression, le dispositif demeure largement insuffisant : ces 282 titres représentent moins de 2 % des certifications du RNCP et ne couvrent qu’une part infime des secteurs professionnels. Un décalage qui freine considérablement l’objectif initial de 100 000 parcours VAE par an, annoncé en grande pompe lors du lancement de la réforme.

Pire encore, si jusqu’en octobre 2024, l’inscription en VAE via la plateforme présentait un intérêt grâce au financement garanti du parcours, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Avec la suppression des aides, la procédure est devenue non seulement plus lourde et plus contraignante que le parcours historique, mais également financièrement hors de portée pour de nombreux candidats.

France VAE : Entre démagogie et réalité, un fossé qui se creuse

Lors du lancement de sa plateforme en 2023, France VAE estimait le coût d’un parcours VAE entièrement financé par l’État à plus de 4 000 € et les aides financières avaient bien été dimensionnées pour y répondre. Deux ans plus tard, l’abandon de ces financements a provoqué une chute vertigineuse des candidatures.

Pour tenter de rassurer les futurs candidats, France VAE affiche désormais sur son site :

« Un accompagnement à la VAE coûte généralement entre 1 500 et 3 000 euros selon vos besoins et dure entre 6 mois et 1 an. Si vous mobilisez vos droits CPF, votre accompagnateur vous fournira un devis détaillé. Cet accompagnement comprend généralement : une étude de faisabilité, un accompagnement méthodologique, des formations complémentaires, une préparation au jury et un accompagnement post-jury. »

Derrière les chiffres rassurants affichés par France VAE se cache une tout autre réalité, bien plus rugueuse. En affichant des estimations de coûts volontairement sous-évaluées, le dispositif tente sans doute de séduire davantage de candidats. Mais ce “dumping” institutionnel, fondé sur une vision tronquée de la réalité économique, finit par faire des dégâts à tous les étages.

Les premiers à en faire les frais sont, une fois encore, les candidats. Attirés par des promesses financières illusoires, ils se retrouvent confrontés à des frais bien plus élevés que prévus, ou contraints de composer avec des prestations au rabais, écourtées, dégradées — loin du niveau d’accompagnement nécessaire pour espérer réussir.

En bout de chaîne, ce sont les Architectes Accompagnateurs de Parcours (AAP) qui paient le prix fort et se retrouvent contraints de trancher entre éthique et survie :

  • Faut-il brader leurs services pour rester accessibles, au risque de sacrifier la qualité et donc la réussite des candidats ?
  • Ou bien maintenir un accompagnement exigeant, adapté aux besoins, mais inabordable pour la majorité, au point de ne plus pouvoir vivre de leur métier ?

Cette équation impossible pousse certains à fermer boutique, d’autres à réserver leur expertise à une clientèle solvable. Un comble pour un dispositif censé incarner l’égalité des chances et l’accès pour tous à la reconnaissance des acquis.

Un constat implacable…

Loin de favoriser l’accès à la certification pour tous, le nouveau système VAE déstabilise et décourage. Pensée comme un levier d’émancipation professionnelle, la réforme agit aujourd’hui comme un piège administratif, où la complexité remplace la promesse de simplification. Ceux qui osent encore s’y aventurer se heurtent à un labyrinthe opaque, où les portes se ferment faute de financements et de lisibilité.

Et l’urgence est réelle. Depuis janvier, moins de 10 % des candidats qui s’intéressent à la VAE parviennent à engager un parcours. La principale cause ? La suppression brutale des aides financières. Ces aides étaient pourtant vitales : elles permettaient à des milliers de candidats de décrocher une certification pour un coût jusqu’à dix fois inférieur à celui d’une formation classique — souvent inadaptée et sans réelle valeur ajoutée dans leur parcours.

Pourtant, la solution existe, à portée de main. Il suffirait d’un investissement modeste — une cinquantaine de millions d’euros — pour relancer la dynamique. Une goutte d’eau, si l’on compare aux milliards injectés dans l’apprentissage ou la formation professionnelle. Ce simple abondement ciblé du CPF, exclusivement pour les parcours VAE, pourrait transformer la donne et redonner espoir à des dizaines de milliers de personnes en quête de reconnaissance et d’évolution.