by Manon MEUNIER
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La professionnalisation par l’expérience : une injustice criante
En France, la formation et la reconnaissance des compétences sont devenues des piliers de l’employabilité et de la mobilité professionnelle. Pourtant, derrière les discours officiels prônant la valorisation de l’expérience et l’apprentissage tout au long de la vie, se cache une réalité bien moins équitable. Une inégalité criante sépare ceux qui accèdent à la reconnaissance de leurs compétences par la voie académique et ceux qui, bien que formés sur le terrain, doivent se débrouiller seuls pour faire valoir leur savoir-faire. Ce paradoxe est d’autant plus choquant qu’il est entretenu par les politiques publiques elles-mêmes.
Un déséquilibre dans les aides financières de l’État
Commençons par un constat simple : un lycéen ou un étudiant qui poursuit ses études bénéficie, indirectement, d’une aide individuelle financée par l’État à hauteur de 11 000 € par an. Cette somme couvre les frais pédagogiques, les infrastructures, le personnel enseignant, et bien d’autres coûts induits. À cela s’ajoutent en moyenne 20 000 € par an pour les apprentis, dont la formation en alternance est largement subventionnée. Ces jeunes, même s’ils n’en ont pas toujours conscience, sont ainsi soutenus par une puissante solidarité nationale pour construire leur avenir professionnel.
Un parcours du combattant pour les travailleurs expérimentés
Il n’a droit qu’à mobiliser son Compte Personnel de Formation (CPF), et encore, dans des limites parfois insuffisantes pour couvrir les coûts de l’accompagnement ou des frais de jury.
Le comble ? Si cet actif est un fonctionnaire, il n’a même pas le droit d’utiliser son CPF pour financer une VAE à titre personnel. Il est tout simplement exclu de cette possibilité, sauf à passer par des démarches administratives lourdes, incertaines et rarement soutenues par la hiérarchie. C’est une véritable double peine : non seulement son engagement professionnel ne lui ouvre aucune porte, mais les rares dispositifs existants lui sont en grande partie inaccessibles.
Une incohérence dans la politique de formation professionnelle
Ce traitement inégal soulève plusieurs questions fondamentales. Pourquoi l’État investit-il autant dans la formation initiale tout en négligeant la validation de l’expérience professionnelle ? Pourquoi un apprenti qui découvre à peine un métier bénéficie-t-il d’un soutien public massif, alors qu’un travailleur aguerri, qui a déjà prouvé sa valeur sur le terrain, n’a droit à rien pour faire reconnaître ses compétences ? Pourquoi perpétuer une vision archaïque selon laquelle seules les compétences acquises dans un cadre scolaire ou académique mériteraient d’être reconnues et financées ?
Ce paradoxe institutionnalisé est non seulement injuste, mais aussi inefficace. Il contribue à figer les parcours professionnels, à freiner la mobilité, et à décourager des milliers d’actifs pourtant désireux de faire évoluer leur carrière. Il creuse un peu plus les inégalités entre ceux qui ont eu accès à l’enseignement supérieur et ceux qui ont dû entrer rapidement dans la vie active. Il marginalise ceux qui ont appris sur le tas, souvent dans des conditions exigeantes, et qui souhaitent simplement voir leur parcours reconnu à sa juste valeur.
La VAE : un outil sous-exploité qui mérite un soutien
Et pourtant, la VAE est un outil puissant, moderne, adapté aux réalités du monde du travail. Elle permettrait, si elle était mieux soutenue, de répondre aux besoins en compétences, de réduire les tensions de recrutement, et de redonner du sens aux parcours professionnels atypiques. Elle représente un levier de justice sociale et de dynamisation économique. Encore faut-il lui donner les moyens d’exister pleinement.
Quelles solutions pour rétablir l’équité ?
Il est temps de repenser notre système. Il est temps que l’État investisse aussi dans la reconnaissance de l’expérience, comme il le fait dans la formation initiale. Il est temps que chaque actif, quel que soit son statut, puisse accéder à une aide individuelle pour certifier ses compétences, comme tout citoyen en formation. Il est temps de mettre fin à cette inégalité nationale qui nie la richesse des parcours professionnels fondés sur l’expérience.
Un appel à l’action : agissons avant qu’il ne soit trop tard
Car au fond, la compétence ne dépend pas du lieu où elle est acquise, mais de ce qu’elle permet de faire. Refuser de financer la VAE, c’est refuser de reconnaître cette évidence.
- Depuis début 2025, plus aucune aide individuelle ne permet aux candidats à la VAE de faire reconnaître leurs acquis.
- C’est probablement plus de 30 000 personnes qui seront privées de ce droit cette année si les aides pour les salariés et les demandeurs d’emploi ne sont pas rapidement rétablies.
- Il y a des solutions facilement mobilisables comme l’abondement du CPF pour les projets VAE.
Agissons vite !